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March 01 2011
Alix comme chez elle
Alix Delaporte. 39 ans. Anciennne journaliste devenue réalisatrice. Poitiers, berceau de sa famille, accueille son premier long-métrage, Angèle et Tony.
Lundi 31 janvier, 20h30. Le Tap cinéma affiche complet. La devanture du lieu l’annonce en grandes lettres : projection de « Angèle & Tony » en présence de la réalisatrice.
Les Poitevins s’amoncèlent dans le hall. Les curieux descendent (très) doucement les marches menant à la salle obscure. Les sièges sont pris d’assaut. Les strapontins aussi. Alix Delaporte avance alors devant le grand écran.
Assis au milieu d’une foule toute acquise à la cinéaste, son père et son frère porte un regard discret sur leur fille et sœur prodigue. Elle voit ces œillades, esquisse un bref laïus, tout en s’excusant : « Je ne mènerai pas une séance de questions-réponses classique. Je serai toutefois présente à la fin pour discuter du film. »
Puis, comme le veut la coutume, elle dédicace cette séance. Elle cherche. Trouve son regard. Et interpelle son cousin. « Cette projection est dédiée à nos mères. »
Le silence se fait. L’obscurité tombe. Le générique défile. Sur l’écran, famille et amis s’émeuvent de cette annotation : « Réalisatrice et scénariste: Alix Delaporte ». L’audience bruit. Oui, c’est elle !
Un premier long-métrage
L’ancienne journaliste de l’agence Capa a récemment franchi le Rubicon. Son premier long-métrage est un succès. « La critique a été fantastique, se réjouit-elle. De Libé au Parisien, la presse a été élogieuse. » Le dithyrambe ne l’émeut pourtant guère. L’avis de ses proches compte, lui, plus que tout.
Son père a déjà lâché quelques paroles de profane. « Il a aimé ces scènes simples où Angèle (Clotide Hesme) trace sa route à vélo », murmure-t-elle. Cela suffit à son bonheur. « Il m’a toujours soutenu, s’émeut-elle. Il m’a poussée dans mes envies de journalisme. Et m’a tout autant encouragée à poursuivre dans le cinéma. »
Son film touche au patrimoine familial. La Normandie et les pêcheurs ont bercé son enfance. « Angèle et Tony » est en quelque sorte une ode aux femmes de sa fratrie. « Ma mère et ma grand-mère ont pêché sur la plage où j’ai tourné la scène finale », glisse-t-elle.
Mais quelle place accorde-t-elle à Poitiers ? « C’est le lieu où vit la part masculine de ma famille. J’ai la sensation d’être originaire de la ville sans y avoir jamais vécu. Je m’y sens bien. Je puise ici une force toute particulière. »
Du journalisme au cinéma
Dans la bouche d’Alix Delaporte, le CV est ronflant. « Je suis journaliste dans l’âme, mais la création a rapidement pris le pas sur mon travail de reporter. » Elle a été jusqu’à mener les portraits des invités de feu Nulle Part Ailleurs sur Canal +. « J’ai assez vite eu envie de faire des choses plus personnelles », explique-t-elle.
Avec deux documentaires sur Zinédine Zidane, « Comme dans un rêve » (2001) et « Le dernier match » (2007), elle met ainsi en scène les acquis de deux années passées à la Femis (Fondation européenne pour les métiers de l’image et du son). De rencontres en créations diverses, elle reçoit bientôt les lauriers du Festival de Venise pour son deuxième court-métrage « Comment on freine dans une descente », en 2006. « La plus belle des récompenses » selon la cinéaste. Une marche plus élevée qu’une palme cannoise.
Alix a, depuis, sauté dans le grand bain. Premier essai au format long, « Angèle et Tony » met définitivement en lumière une femme bourrée de talent. Prix Michel-D’Ornano (récompensant un premier long-métrage) en poche, elle attend désormais de séduire le public. « Cette tournée de promotion en province est un satisfecit, revendique-t-elle. Les gens sont touchés. D’autant que tous les publics peuvent se retrouver dans les personnages. »
Alix Delaporte entend s’affranchir des « cloisonnements » artistiques. Art et essai ? Grand public ? Il lui semble possible de réunir ces deux mondes que « la critique tend à opposer. » ajoute : « « C’est un film d’auteur à caractère populaire. » Papa et le Tap confirment.

